Est-ce une bonne idée de privilégier l’aviation d’affaires sur l’aéroport de Bern/Belp alors que ce secteur rapporte peu à l’aéroport de Genève? Les taxes d’atterrissage sont calculées en fonction du poids de l’avion et du nombre de passagers – cela ne semble pas très rentable. Mais il faut aussi regarder les retombées pour la région. Je pense qu’il ne faut pas s’arrêter simplement aux taxes d’atterrissage, il vaut voir aussi le volume d’affaires qui va être généré par la présence de ces entrepreneurs qui viennent pour négocier des affaires dans la région. Donc ça va bien au-delà des simples taxes d’aéroport. C’est du moins l’avis de Jean-René Saillard, Vice Président de NetJets Europe pour la Suisse, une société qui propose une propriété fractionnée de jet.
On vit quand même à l’époque des visioconférences, est-ce que c’est toujours aussi important d’avoir ces rapports? Je crois que ça l’est d’autant plus que le climat économique reste fragile, donc une rencontre physique peut être tout à fait déterminante. On ne peut plus s’arrêter justement simplement aux visioconférences. Être sur le terrain, c’est ça qui va faire la différence et l’aviation privée est un facteur de productivité qui permet d’aller plus rapidement sur le terrain et c’est un outil de management moderne en quelque sorte.
On a quand même vu en 2008 que des centaines d’entreprises ont renoncé à leur jet pour des questions d’images, des avions qui étaient perçus comme un peu trop « bling-bling ». Cela a été violent. Ça peut se reproduire, non? C’est vrai que pour une société, avoir son jet ça peut ne pas être approprié dans des périodes difficiles. Mais il existe d’autres formules pour recourir à l’aviation privée, comme celles proposées par NetJets Europe. Et c’est une alternative qui a prouvé sa résistance par rapport à un climat économique fragile.
Entre 2008 et 2009 les ventes mondiales d’avions d’affaires ont plongé de 24%. Voyez-vous l’avenir avec sérénité dans votre secteur? Nous considérons que nous sommes dans une phase de stabilisation maintenant. Sans faire de triomphalisme, il y a des signaux positifs que l’on observe : le retour d’anciens clients qui ont arrêté de voler en 2008/2009 et qui s’adressent de nouveau à nous, ou encore des clients existants qui grandissent dans leurs besoins. Et puis il y a toujours, en Suisse, un afflux de nouvelles personnes susceptibles d’avoir recourt à l’aviation privée, soit dans la conduite de leurs affaires, soit dans leur vie personnelle.
On parle aussi beaucoup d’écologie, de CO2 ces temps-ci. Les jets privés ne plaident pas vraiment en faveur de l’écologie? Nous avons très rapidement pris des mesures pour compenser les émissions de CO2. On peut voler en privée et avoir une conscience de l’environnement et faire tout ce qu’il faut pour compenser les effets du vol.
Par exemple? Nous prélevons automatiquement une certaine charge sur les trajets, qui va être affectée à des projets de recherches pour un fuel propre ou pour compenser des émissions sur des sites qui sont particulièrement pollués dans le monde.
Et pendant ce temps, les riverains de l’aéroport de Bern/Belp regardent passer les avions.
Propos recueillis par Maurice Doucas
Radio Suisse Romande, 10th October 2011